jeudi 5 mars 2015

J'aime lire - chronique de trois numéros récents

La bibliothèque publique voisine nous a fourni un tombereau de petits fascicules rouges qui font le bonheur de nos jeunes lectrices: je veux parler du magazine j'aime lire, des éditions Bayard. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, ce magazine propose chaque mois un petit roman en cinq à sept courts chapitres, suivi de jeux et d'une ou deux petites BDs.
Les romans sont écrits par des auteurs spécialisés dans le genre, et sont toujours d'un niveau au moins moyen, très souvent bon et parfois excellent. On pourra féliciter les éditeurs pour leur exigence en matière de niveau de langue et de qualité d'écriture, ainsi que pour leur ouverture d'esprit quant aux thèmes abordés dans les récits.
Je vais ici mentionner trois "petits romans" qui m'ont particulièrement plu/intéressé.


Meutre dans l'aquarium (Olive Bellerose, J'aime lire n°422, mars 2012) : ce récit prend une trame assez classique des J'aime lire, l'enquête scolaire. Ce lundi matin, un poisson de l'aquarium de la classe est retrouvé mort... Et le mardi suivant, un second... Là, le lecteur adulte tique: c'est une histoire de serial killer ! Ce qui fait tout le charme de ce petit roman, c'est que le meilleur copain du narrateur enquêteur est doué d'un pouvoir fantastique, celui - quand il est stressé - d'entendre les pensées, mais sans savoir "qui" pense . Et le roman, réaliste en tous points par ailleurs, traite ce "détail" comme une évidence, une forme de réalisme magique qui n'est jamais interrogée, et fait tout le charme de cette petite enquête.


Aki a des soucis (Marie Vaudescal, J'aime lire n°381, octobre 2008) : Aki, une jeune japonaise, est obligée de vivre quelques mois à la campagne, parce que sa maman est enceinte et a besoin de beaucoup de repos. Sur une trame de base qui pourrait rappeler le voisin Totoro, on a là un récit curieux, vu du point de vue d'Aki qui est une petite personne tout à fait désagréable et odieuse,  rendue méchante envers son entourage par les sentiments qui la rongent. Ce roman ose raconter une forme de (petite) dépression enfantine, une vie vue entièrement en noir pour des raisons que le protagoniste ne parvient pas à s'expliquer, le tout étant traité avec humour et délicatesse, accompagné des belles couleurs automnales des illustrations. Un parti-pris audacieux et très réussi.

L'incroyable sauvetage (Roger Judenne, J'aime lire n°434, mars 2013) : ici, l'histoire scolaire relève de l'anecdote presque triviale. Une petite fille à la pause de midi veut montrer sa perruche à des camarades plus ou moins sympathiques. L'un d'eux fait peur à l'animal, qui va se percher sur une des machines du chantier voisin... et les gosses essaient tant bien que mal de la rattraper. Mais là où le récit devient très amusant, c'est dans sa façon: le point de vue change à chaque chapitre, ce qui donne une dimension très excitante au récit, le suspense narratif (le mystérieux garçon monté sur la grue va-t-il tomber ?) s'ajoutant au suspense littéraire (qui raconte le prochain chapitre ?)

J'avais de bons souvenirs d'enfants des J'aime lire. Je très suis heureusement surpris de la qualité constante de leurs publications. Reste à leur proposer une histoire discrètement lovecraftienne...

lundi 27 janvier 2014

Léonard drôle d'oiseau

Notre Benjamin a très tôt formulé l'envie de voler. Le jour où nous sommes allés voir Taïg Khris voler au dessus (en dessous) du Sacré Cœur, nous avons vu avec inquiétude dans les yeux de notre fiston qu'il en percevait toute la faisabilité. Normal que l'histoire de ce petit pingouin qui ne désire rien tant que voler lui plaise à ce point.

Léonard n'a pas envie d'apprendre à nager comme ses camarades, il rêve de voler au dessus de la banquise. Malgré ses tentatives avortées, et les moqueries des autres pingouins, le rêve de Léonard est plus fort. La Providence et un bel albatros  lui "donnent des ailes"...

"Léonard drôle d'oiseau" n'est pas le plus connu des albums de Hans de Beer, le papa du célèbre Plume, petit ours de la banquise. C'est toutefois le seul que nous ayons dans notre bibliothèque, et il y a toute sa place. Ce petit album cartonné est illustré de façon assez classique d'un dessin aux contours doux délicatement coloré. Les planches de la banquise et de la mer nous font prendre de la distance et nourrissent autour de l'histoire un fort sentiment de liberté.

Auteur : Hans de Beer

Editeur : Editions NordSud, 2009

Public : 2-5 ans


On aime : la liberté, le courage, la force du rêve qui animent l'histoire, l'édition cartonnée, la douceur de l'illustration.

mardi 31 décembre 2013

La famille Souris prépare le nouvel an


Pour accompagner cette fin d'année en histoire, retrouvons la famille Souris toute affairée dans la fabrication d'une recette exceptionnelle de boulettes de riz pour le dîner du nouvel an. 
En cette fin d'année placée sous le signe de la pâtisserie, cela donne envie d'essayer la recette, pour mettre les mains nous aussi dans la pâte de riz et profiter de la gaieté familiale qui entourent les préparatifs de la fête. Bonne année !

L'auteur : Kazuo Iwamura


Public : 2-7 ans

Une autre histoire de la famille Souris de circonstance :


mercredi 4 décembre 2013

Avale, Léonardichon !


Ce soir j'ai failli m'étouffer en regardant mon Grand gober 2 babybels d'un seul coup. Arrêté dans son élan, les joues rebondies, il m'a regardé un peu gêné. Et là, je me suis rappelé ce petit personnage joufflu et un peu têtu. "On dirait Léonardichon !" lui ai-je dit d'un air moqueur. Ça a bien fait rire les Petits. 

Léonardichon est un petit hamster qui ne veut pas avaler. Il stocke son repas dans ses joues extensibles qui deviennent aussi grosses que des sacs à grains. Ses parents se désespèrent,  le docteur Espinasse a beau vider l'intérieur de sa bouche au crochet, Léonardichon recommence dès qu'il a le dos tourné. Bien sûr, c'est un peu handicapant ces grosses joues, à l'école ou en vélo c'est encombrant, mais à la piscine, ça favorise la flottaison. La situation se débloque lorsque Tilda la petite hamsterette s'intéresse à lui et au contenu de ses joues. A la fin, Léonardichon avale même les chewing-gums, ce qui fait beaucoup rire ses nouvelles amies.

Ce petit hamster est très attachant. Anaïs Vaugelade dessine à merveille, à travers cette histoire, les situations de blocage dans lesquelles les petits s'enferment parfois, sans qu'on parvienne toujours à les comprendre. Elle restitue l'incompréhension, l'impatience ou l'inquiétude des adultes devant ces comportements atypiques, mais aussi la solitude ressentie par les plus petits. 

"Avale Léonardichon" est l'un des premiers albums illustrés et écrits par Anaïs Vaugelade dont j'aime aussi beaucoup la Famille Quichon. On y trouve la douceur de son trait et le dessin très singulier des figures et attitudes de ses personnages animaliers.

Nous avons terminé la soirée par la relecture de cette petite histoire avec les Petits dont j'ai pu sentir toute la sympathie pour ce petit personnage. 

Auteur : Anaïs Vaugelade

Editeur : L'école des loisirs, 1994, Collection Mouche.

Public : 4-9 ans


Ce qu’on aime :
Une histoire autour de l'alimentation qui aide à grandir,    le personnage de Léonardichon, sensible, touchant et drôle, l'alternance de situations graves et légères, l'univers graphique d'Anaïs Vaugelade.

mercredi 16 octobre 2013

Bébé, une belle histoire de naissance


Bébé est confortablement installé dans le ventre de sa maman. Elle vit une grossesse heureuse, partageant avec lui ses petits bonheurs : Bébé se régale de la brioche aux raisins qu'elle savoure, se pâme devant les images colorées qu'elle dessine, hume les fleurs des bois qu'elle ramasse. Pourtant,    à l'occasion de l'un de ces dialogues intérieurs avec Maman sur les merveilles du monde qui l'attendent à l'extérieur, Bébé décrète un jour qu’il ne veut pas sortir. Déconcertés, tous les membres de la famille y vont alors de leur solution pour décider Bébé à naître : « je te donnerai une pièce de 1 Franc » dit Petit frère, « si tu sors, je te ferai un merveilleux gâteau au chocolat » prévient Grand-mère, « une promenade en voiture » propose Grand-Père ! Rien n’y fait jusqu’au retour de Papa… Je vous laisse découvrir par quelle magie Bébé se décide à quitter le cocon maternel pour se lancer dans le monde.

Cette histoire publiée pour la première fois à New York en 1972 est adaptée pour la publication française en 1976 par Ana Solal avec la collaboration de Frédéric LEBOYER, père du mouvement pour l’accouchement sans violence. Nous avons découvert ce petit livre lors de notre 1ère visite à Béatrice, notre haptonome. A chaque visite, à chacune des grossesses, de la rue des Roses au boulevard de la Chapelle, nous avons retrouvé ce petit livre, si tendre et réconfortant. L’histoire illustre à merveille le dialogue qui s’installe dès la grossesse entre le bébé et ceux qui l'entourent, et donne symboliquement toute sa place au papa dans l’accueil du bébé.


C’est l’un des trésors de notre bibliothèque (celle des grands !), témoin de la façon dont nous avons accueilli chacun des enfants. Puisse cette belle histoire croiser la route de futurs parents.


Editeur : L’école des loisirs, 1976

Public : dès 3 ans


Ce qu’on aime :
L’histoire pleine de tendresse, la finesse de l’illustration faite de dessins à l’encre noire au charme désuet. Le caractère très expressif du Bébé, un peu cabochard, représenté dans des positions insolites dans le ventre de la maman. Il apporte la petite touche d'humour à l'album.


Je participe :


mercredi 9 octobre 2013

Les 3 petits cochons de Kimiko

Pour goûter le plaisir des contes détournés qui font de grands succès en littérature jeunesse, il faut connaitre ses classiques. Donc avant de parler du loup, et de toutes les misères dont il sera victime ça et là dans les livres, parlons des 3 petits cochons.

Les 3 petits cochons font l'objet de nombreuses éditions encore aujourd'hui, sans compter les anciennes. Difficile de faire son choix devant une telle abondance. Les albums du Père Castor sont une valeur sûre, classique et indémodable. Mais nous avons dans notre bibliothèque une édition alternative, offerte il y a plusieurs années par notre amie Gaëlle : l'édition de Kimiko. C'est une version pop-up (ou livre-théâtre) qui a traversé les années comme par magie avec un succès constant auprès des enfants.

L'impact de ce conte sur nos petits m'étonne encore. Difficile de décoder le succès d'une histoire qui fait à ce point partie de notre inconscient collectif. 

Le livre de Kimiko nous offre une version simplifiée de l'histoire, il n'y est question que de maisons, pas de pommes ni de navets. C'est efficace, coloré, le pop up séduisant par ses effets de perspective et ça suffit à nous faire comprendre que le loup est tenace mais pas le plus malin. Pour peu que vous rajoutiez quelques effets et bruitages dans la lecture, le succès est garanti !

Existe aussi en version "Petit Chaperon rouge" et d'autres classiques encore.


Auteur : Kimiko

Editeur : L'Ecole des Loisirs, 2001

Public : 2-5 ans


On aime : le livre-théâtre, l'illustration aux traits simples et colorés, le loup dans la marmite, une édition qui permet d'initier les tout petits.

Si vous aimez l'histoire des 3 petits cochons, lire aussi :

Les trois petites cochonnes, Frédéric Stehr, L'Ecole des Loisirs, 1997













La vérité sur l'affaire des trois petits cochons, de J. Scieszka, Nathan 1991.













samedi 5 octobre 2013

Hulul et compagnie


Dans la série des livres de contes, voici un recueil de 30 contes illustrés que nous retrouvons avec plaisir lors de nos vacances dans le Sud-ouest. Je ne me rappelle pas bien l'année de son arrivée dans la bibliothèque de ma maman, son charme à opéré discrètement. Ce livre rassemble une partie de l'œuvre d'un célèbre auteur illustrateur américain du XXe aujourd'hui décédé, Arnold Lobel. On y découvre une galerie de personnages inventés par l'auteur, souvent incarnés par des animaux auxquels arrivent des histoires sensibles et insolites, des histoires qui subliment le quotidien avec naïveté et délicatesse.

Il y a Porculus, le cochonnet qui n'aime rien tant se fondre dans la boue douce et se retrouve coulé dans le goudron du trottoir. Il y a cette portion de vie avec l'Oncle éléphant, qui recueille son neveu après la disparition subite de ses parents et lui fait partager son regard poétique sur le monde. Il y a Hulul, un hibou solitaire qui invite l'Hiver à se réchauffer dans sa maison, s'effraie de voir ses pieds sous sa couette, et se prépare un "thé aux larmes". 

Mes préférés sont Bufolet et Ranelot, respectivement, crapaud et jeune grenouille, amis inséparables, partageant le meilleur de leur quotidien au gré des saisons. Il faut voir Ranelot sortant de la mare avec sa combinaison de bain rayé, affrontant fièrement les moqueries de ses amis, Ranelot encore transformé en monstre, terrorisant les mêmes amis de la foret pour avoir essayé de rapporter à Bufolet une glace au chocolat par une trop chaude journée d'été. Entre ces deux là, ce n'est que gentillesse, confiance et tendre taquinerie. 

L'illustration sert magnifiquement cette ambiance délicatement surannée. Les planches dessinées à l'encre noire ne sont que légèrement colorées, parfois même très sombres. Elles accompagnent l'histoire par des tableaux ou des mises en situation qui peuvent être cocasses, parfois drôles mais aussi très émouvantes. 
Les enfants sont sensibles à cet univers poétique et hors du temps. C'est en définitive un beau livre d'auteur qui traverse les années et les générations, à intégrer dans sa bibliothèque ou celle de ses amis. 


Auteur : Arnold Lobel

Editeur : Anthologie publiée en 2001 par L'école des loisirs, en collaboration avec HarperCollins, New York.Les histoires sont parues aux Etats-Unis chez HarperColllins dans les années 70's. Elles ont été traduites en français, et éditées pour la première fois par L'école des loisirs dans les années qui ont suivie.

Public : 3-9 ans


A découvrir aussi :


Editions Circonflexe, 2009




Je participe :