samedi 21 septembre 2013

Les Inventions complètement inventées

Dans la famille, on appelle cela les crocodiles. Ils se savourent de préférence au dîner et le plus souvent un jour de semaine. Version décalée d'une conversation familiale du soir, le crocodile commence toujours ainsi : "aujourd’hui, j'ai vu...", la suite est librement inventée par son auteur et la parole tourne à bon rythme dans une ambiance pleine d'émulation. Je me lance :
- "aujourd'hui, j'ai vu un colibri qui mangeait des salsifis". On s'échauffe.
Le Grand :
- " aujourd'hui, j'ai vu une artichaut qui dansait le tango". Pas mal.
Notre Belle :
-"Aujourd'hui, j'ai vu des boules Quies qui allaient à la messe". C'est bien la soeur de son frère !
Le Benjamin :
- " aujourd"hui, j'ai vu un léopard qui faisait caca". Bon, il ne maîtrise pas encore le niv 2 du crocodile, le crocodile à rime, mais possède un style efficace pour faire rire la tablée.

Je ne sais plus comment ni quand sont nés les crocodiles, je me souviens qu'ils sont arrivés avec notre Grand et que toute la fratrie y a été initiée le moment et la parole venues. C'est pareil pour les Inventions complètement inventées : je ne me rappelle plus si elles sont arrivées via Bruno, le maître préféré de notre Grand ou via Gaëlle, sa marraine ou les deux, mais elles font écho à nos crocodiles, dans une catégorie tout de même bien supérieure.
Les Inventions complètement inventées est le titre d'un petit livre sur l'origine des choses à mettre entre les mains des écoliers de la grande école. Puisant dans les logiques enfantines que nous jugeons parfois irrationnelles, elles décrivent le monde de façon fantaisiste en partant des objets et préoccupations de leur quotidien.

Mélange subtil d'imaginaire et d'absurde, ces inventions sont drôlement savoureuses. Je vous en livre quelques-unes qui j'espère vous mettront l'eau à la bouche :
-"les sorcières ont été inventées avec un balai car les aspirateurs ont un fil beaucoup trop court pour pouvoir aller vraiment haut dans le ciel".
-"les châteaux de sable ont été inventés de la taille d'un seau de plage ce qui mine de rien est une sacrée chance".
Ces inventions sont parfois teintées de poésie...
-"les secrets ont été inventés tout ronds et tout petits pour pouvoir tenir dans le creux de l'oreille"...et parfois pas : 
-" les gros mots ont été inventés en deux catégories : les gros mots un peu interdits comme zut et les gros mots vraiment interdits comme tas de merde". Les enfants adorent !

Bien sur, les inventions sont illustrées, assez simplement mais d'un trait affirmé et franchement colorées. Quant au format, petit et carré, il fait de ce livre un objet qui peut facilement devenir familier en se glissant dans une poche, un cartable ou finir au bord de la table de nuit.
Une dernière en clin d'œil  : "les tâches ont été inventées pour aider les mamans à reconnaître les chemises propres des chemises sales ".


On aime : le coté interactif du livre, on peut inventer ses propres inventions après s'être imprégné d'une première lecture. La fantaisie et l'humour des inventions. Le petit format adapté à son contenu qui en fait un livre facile à trimbaler.


Auteurs : Pierre-Dominique Burgaud / Laure Solus Babinet

Éditeur : Gautier Languereau, 2007

Public : 8-12 ans

jeudi 12 septembre 2013

999 têtards


Maintenant que les 999 têtards sont devenus de petites grenouilles, leurs parents sont très fiers. Il y a pourtant un petit problème : plus moyen de respirer ni de bouger dans la marre. Pas d'autre solution que de déménager. La famille se met en route pour une nouvelle maison, plus spacieuse, qui pourra accueillir cette joyeuse et volumineuse fratrie. Mais hors de la marre, les dangers guettent... Commence alors une aventure très rythmée, avec son lot de découvertes, de frayeurs, de rebondissements, et sa chute... dans l'eau.

Il y a de la douceur et de la délicatesse dans cet album. La bravoure et l'amour dont font preuve papa et maman grenouille rassurent. L'insouciance et l'excitation des petites grenouilles apportent gaieté et situations insolites.

L'illustration en pleine page tire son charme de la répétition de petits motifs aux contours simples (des ronds, des points et des petits traits), et d'une utilisation limitée de la couleur : une belle harmonie de verts, un peu de jaune et de bleu.

Bonne nouvelle, la saga de la famille Grenouille se poursuit avec de nouveaux albums.

Auteurs : KEN KIMURA et YASUNARI MURAKAMI

Editeur : Autrement Jeunesse, 2005

Public : 4-6 ans

On aime : la délicatesse de l'illustration, le "pattern" grenouille, les déclinaisons de verts, les jeux de contraste entre l'inquiétude des parents grenouille et l'insouciance des enfants, l’équilibre rassurant du couple papa et maman grenouille face à cette nombreuse fratrie.



mercredi 21 août 2013

Vintage, la chenille qui fait des trous !




C'est l'histoire d'une chenille, fraîchement sortie de son oeuf, qui a très faim. Elle s'engage alors dans une semaine gastronomique qui l'emmène à manger des pommes le lundi, des poires le mardi, des prunes le mercredi, des fraises le jeudi, etc... Et la chenille de faire des petits trous dans le fruit et dans la page (scruntch), un de plus chaque jour. Elle parait bien vertueuse cette chenille à ne manger que des fruits. Mais le samedi, patatras ! La voilà qui perd la tête, trop gourmande elle se révèle, et se met à attaquer glaces, fromages et cornichons ! Comment cela va t'il finir ?


A l'heure du rigorisme alimentaire, cette histoire d'Eric Carle (autre grand auteur illustrateur américain) publiée pour la première fois en 1969 garde toute sa modernité. Livre à compter, imagier, livre à jouer, "La chenille qui fait des trous" est à elle seule riche en usages. Teinté d'une légère ironie, le livre est construit autour d'une petite intrigue dévoilant l'une des belles aventures offertes par la nature. Quant à l'illustration d'Eric Carle, composée de collages de papiers peints à la main, elle garde toute sa gaieté et son originalité.

La chenille qui fait des trous a été diffusée à plus de 33 millions d'exemplaires et traduite dans 50 langues. Le livre a suscité de nombreuses activités (ré)créatives, et la chenille star un certain mercantilisme. Mais ce qui pour moi fait définitivement la valeur de ce livre, c'est le plaisir d'en partager la lecture avec mes enfants après l'avoir découverte toute petite. Réédité dans différents formats, c'est un joli cadeau vintage à (s')offrir.


Auteur : Eric Carle


Public : 2-4 ans




On aime : les différents usages que permet la lecture du livre, le coté ludique et répétitif des petits trous qui accrochent le jeune lecteur, l'illustration colorée à base de peintures et collages, l'édition en pages cartonnées, le coté vintage !


jeudi 15 août 2013

Mon recueil de Belles Histoires


En cette période de vacances, j'aimerais rendre hommage à une maison d'édition qui m'a connue toute petite et qui a sûrement contribué beaucoup à construire ma relation particulière aux livres jeunesse. Dans cette maison, on s'abonne, dans le désordre à Pomme d'Api, Astrapi, Phosphore ou Okapi. Le papa aussi est passé par cette maison là. Il garde comme un talisman son passage dans le courrier des lecteurs d'Astrapi sur le thème "vivre ailleurs". 

Cette maison, c'est Bayard Presse, qui édite toujours ces titres historiques de qualité dont les héros nous accompagnent aujourd'hui encore avec le même succès auprès des enfants (message à venir sur Tom Tom et Nana). 
Parmi ces titres, il en est un qui est à mi-chemin entre le livre et le magazine. Il s'agit des Belles Histoires. De périodicité mensuelle, cette série s'enrichissait il y a encore quelques années avant l'été d'un recueil hors série d'une trentaine de Belles Histoires. Edité sur papier recyclé pas très beau mais surtout pas trop lourd, c'est un livre idéal à mettre dans les valises pour les histoires du soir en vacances. Car pas de vacances pour la lecture ! 

Ce n'est pas si évident de trouver des recueils d'histoires de qualité et pratiques à transporter. J'en ai encore fait l'expérience avant de partir cet été, auprès de notre librairie jeunesse de quartier : elle n'avait rien d'autre que le très beau recueil d'histoires de Gallimard Jeunesse "Le Trésor de l'Enfance", certes à mettre dans sa bibliothèque, mais bien trop encombrant pour qui ne voyage pas en voiture. 

Pour revenir aux Belles Histoires, l'album rassemble une trentaines d'histoires variées, classées par genre : histoires du quotidien, contes d'ailleurs, contes merveilleux, aventures dont les héros sont des animaux. La revue cible les 4-8 ans, mais on peut aisément embarquer les plus petits dans une lecture collective. Outre la variété des histoires qui donne le choix aux enfants (et au narrateur), les histoires sont de qualité assez égale et leur durée est parfaitement calibrée : pas plus de 5 minutes. 

Nous avons 2 recueils, que nous trimbalons depuis plusieurs années sur différents lieux de villégiature. Après vérification, je crains que Bayard ne les édite plus, mais on peut encore en trouver quelques-uns d'occasion (pour rien du tout) sur les grands sites marchands, ou jeter un œil averti dans les vides greniers et kermesses d'écoles. 

Editeur : Bayard Jeunesse / Les Belles Histoires

Public : 3-8 ans

On aime : le coté pratique du recueil d'histoires, le coté léger du magazine, le coté sérieux de l'éditeur !

vendredi 26 juillet 2013

Jour de lessive

Les séparations matinales ont été douloureuses pour notre Benjamin cette année en petite section. La lecture d'une histoire chaque matin nous a permis de contenir les émotions. Lors des dernières semaines, au gré d'un changement de classe, nous avons découvert un album charmant qui nous a permis de partager un moment plus léger.

Ce jour d'été ensoleillé, la souris, le castor, la grenouille, les ratons laveurs, tous le monde s'affaire au bord de la rivière. Une petite fille, Héléna, joue aussi et s'étonne de tant d'agitation. La planche à frotter, le savon, les ballots de linge, les outils sont là, c'est jour de lessive entre copains. Héléna observe, puis se trouve un peu sale, et d'une page à l'autre, d'un orteil au nombril, la voici un petit peu mouillée, encore un peu plus, puis plouf, Héléna barbote toute nue dans la rivière. Car après la lessive, vient le moment de la toilette. Et la toilette entre copains, c'est trop chouette quand on peut frotter le dos de son voisin en chantant. 

Le climax de l'album est en effet, sur une double page, cette scène de savonnage collectif en chanson :  "on se frotte le dos, on se frotte le museau, on se frotte les genoux, et les petits plis du cou, on n'oublie pas les orteils...". L'occasion de réviser, à coups de chatouilles, les parties du corps de nos petits lecteurs. Et d'intégrer la chanson dans la lecture, ce qui est toujours gai et stimulant pour les petits. Après quelques ballades sur le net, j'ai d'ailleurs trouvé une version audio de la chanson proposée par l'éditeur (L’École des loisirs) qui vient nourrir une fiche pédagogique sur le livre. A vrai dire, je vous la livre en secours, mais elle me semble rompre un peu avec la poésie de l'album...

Cet album raconte les joies de l'eau dans l'enfance, comment du bout des doigts ou des orteils, on se retrouve vite trempé de la tête aux pieds, le plaisir en plus d'une transgression vite pardonnée ...il faudra se sécher ou rentrer mouillés.    


Auteur : Frédéric Stehr

Editeur : L'Ecole des Loisirs

Public : 2-6 ans

Voir aussi cette présentation plus fouillée écrite par une blogueuse lectrice qui par son existence même témoigne encore de la valeur de ce joli album.

Quand à l'auteur Frédéric Stehr, j'en reparlerai à l'occasion de la présentation de Mariette et Soupir, deux marmottes rigolotes qui ont donné vie à quelques albums également très réussis.


On aime : La douceur et la gaieté que dégage l'album, l'illustration simple et poétique, le savonnage de dos collectif, le texte qui invite à la chanson.

lundi 15 juillet 2013

Vite, le dernier Boris jardinier !

Je suis dingue de ce petit personnage dont nous collectionnons les histoires depuis l'an passé (voir message précédent sur Boris) . Je suis tombée sur le dernier album par hasard, alors que je cherchais un livre chez Libellule et Coccinelle, notre jolie librairie jeunesse du quartier.

Ce dernier album sorti en mars dernier est un clin d'oeil "borissien" au printemps. Même si l’été a fini par arriver, je n'attendrai pas le printemps prochain pour vous en parler. Dans "Je suis un bon jardinier !", Boris malmène encore l'un de ses jouets. Pour faire "comme papa" qui a décidé de jardiner, Boris s'est équipé d'une petite pelle et creuse la terre pour faire un trou. Mais alors que papa plante un arbuste dans le trou tout frais, c'est le jouet ours à bascule qui se retrouve planté comme un piquet. Là, plus de risque de tanguer... Et si l'arbuste bourgeonne jusqu'à se couvrir de petites feuilles, le jouet lui, a trop chaud, a trop froid, s'ennuie ferme, mais ne fleurit pas. Boris, ça l'énerve tant de mauvaise volonté. Mais grâce à son ingénieuse maman, la solution se retourne encore une fois à son avantage.

C'est jubilatoire ! Et la bonne nouvelle, c'est que ce petit ours est en cours d'adaptation pour la télévision, parole de libraire.

NB : se savoure d'autant plus que le jeune lecteur a été initié à l'univers de Boris à travers quelques uns des premiers albums.

Auteur : Mathis


Public : dès 3 ans

On aime : c’est drôle, fin et bien construit. Encore le regard méchant de Boris. La tête d'indien du jouet à bascule à la fin de l'histoire. Le clin d'oeil décalé au printemps.

lundi 8 juillet 2013

Le prince tigre - Chen Jiang Hong

Il y a les livres que nous aimerions lire à nos enfants, mais qu'ils n'aiment pas tellement. Ceux qu'ils aiment lire mais que nous n'aimons pas. Et les livres qu'on peut lire et relire sans ennui.
Le prince tigre, de Chen Jiang Hong, fait partie de cette dernière catégorie.


En Chine, il y a longtemps, une tigresse rendue folle de douleur par la mort de ses petits dévaste des villages et tue leurs habitants. L'Empereur envoie toujours plus de soldats, en vain, et songe à prendre lui-même la tête de l'armée, quand une vieille prophétesse, tirant le Yi-King, lui annonce qu'il devra envoyer son propre fils.
Ainsi, le tout petit enfant, très sérieux, est accompagné par son père à l'orée de la terre dévastée...



Le récit est simple et puissant, servi par de magnifiques illustrations, inspirées par la peinture chinoise. L'auteur ne masque ni le feu, ni les armes, et le monstre est vraiment terrifiant, ce qui rend d'autant plus doux et puissant le récit d'apprivoisement qui suivra.
Ce récit est inspiré par une étonnante statuette qu'on peut voir au musée Cernuschi, à Paris : la tigresse.  Tout l'album tourne autour de cette image, l'enfant dans la bouche du monstre.